Édition de Luc-sur-Mer                                                                                                                                                                                                               Édition du 12 au 25 novembre 2017

LUC sur MER

Canton de Douvres

Les habitants de la commune sont des Lutins, Lutines

Mars 1866   -   Les bains de mer.   -   Les habitants du littoral font déjà de grands préparatifs pour la saison des bains de mer. Cette saison est l'une de leurs principales ressources, grâce à la vogue actuelle de la villégiature maritime. Il n'est donc pas étonnant si chaque localité cherche à se surpasser pour offrir aux étrangers toutes les séductions d'agrément et de confortable.

A Luc-sur-Mer, la masure qui offensait la vue, vis-à-vis de l'hôtel de M. Francis, a été démolie et le chemin qui conduit à la mer a été réparé et élargi de plusieurs mètres. On y construit en ce moment des maisonnettes destinées au petit commerce, ce qui ajoutera encore à l'animation de la plage.

Lion-sur-Mer, Langrune, Saint-Aubin ne restent pas non plus inactifs. Dans cette dernière localité, un hôtel-restaurant va être installé pour la belle saison, et la municipalité de cette commune prend toutes les mesures nécessaires pour en rendre le séjour plus agréable que jamais aux étrangers.

Comme on le voit, nos populations maritimes ne restent pas en arrière du progrès, et elles comprennent enfin que les bonnes récoltes ne se font qu'avec de bonnes semailles.  

 

Septembre 1866   -   Un accident.   -   Le 26 septembre, le sieur Aubey, capitaine au cabotage, à Luc, préparait des filets qu'il avait mis dans une chaudière. Il les retira au moyen d'un croc, lorsqu'au même moment sa casquette tomba dans la chaudière. Il voulut la reprendre, mais il se pencha trop et tomba à son tour. La chaudière, profonde de trois mètres environ, était à moitié remplie d'eau en ébullition.

On s'empressa de le retirer, mais le lendemain il a succombé après d'horribles souffrances.  

 

Mai 1867   -   Découverte d'un cadavre.   -    Le 21 mai courant, vers les six heures du matin, le cadavre d'un inconnu a été trouvé à Luc-sur-Mer sur la plage par un préposé de la douane.

D'après les renseignements obtenus, tout porte à croire que ce cadavre et celui d'un sieur Chauvin Jean, âgé d'environ 55 ans, originaire des environs de Blois (Loir-et-Cher).

La levée et la constatation du cadavre ont fait connaître que ce malheureux est mort des suites d'une congestion cérébrale.  

 

Juin 1867   -   Le service télégraphique.   -   D'après nos derniers renseignements, que nous avons tout lieu de croire puisés à la bonne source, Luc serait appelé à jouir l'un des premiers, pour la saison de bain, d'un service télégraphique.

L'initiative en serait due à son maire, qui fait en ce moment circuler dans la commune une liste de souscription dont le produit serait destiné à faire face aux frais d'installation.

Nous faisons des voeux sincères pour la plus prochaine réalisation de ce projet, et pour la complète réussite de l'entreprise qui en sera la conséquence.  

 

Juin 1867   -   Un acte de courage.   -   Le maire de Luc, M. Guérard-Delaville, nous communique le récit émouvant d'un acte de courage et de sang-froid, qui vient d'être accompli par un jeune mousse de 13 ans, originaire de cette commune.

Cet enfant, qui a nom Polycarpe Salent, était parti vers trois heures d'après-midi et par un temps magnifique, sur le petit bateau le « Nain » de Luc, qui était armé en petite pêche. L'équipage se composait du capitaine, d'un matelot et du jeune mousse.

Ils avaient à peine de gagné le large, lorsqu'une violente bourrasque vint assaillir la légère embarcation. Soudain le capitaine et le matelot sont précipités à la mer.

Le jeune mousse reste seul sur le pont du bateau, mais loin de céder au vertige dans son isolement, son sang-froid et son énergie ne font au contraire que grandir avec le danger.

Vite, il déroule un fort grelin, et au milieu des éléments en fureur, il parvient à les jeter aux deux naufragés dont une lutte opiniâtre contre les flots a déjà brisé les forces.

Le capitaine s'entoure le bras avec le cordage et en passe l'extrémité à son compagnon d'infortune, qui se l'attache tant bien que mal autour du corps.

L'enfant alors se sentant incapable de hisser un pareil poids à bord de l'embarcation, obéit à la meilleure des inspirations. Il attache le bout du grelin qu'il tient entre ses mains au cabestan, et mettant vigoureusement la manivelle en mouvement, il procède au sauvetage des naufragés avec toutes chances de succès.

Dix minutes après, le capitaine était sauvé. Quant au malheureux matelot, qui se nommait Paulo, il avait disparu, soit que ses forces l'aient complètement trahi au dernier moment, soit qu'un commencement d'asphyxie lui eut fait lâcher trop tôt la corde, il était devenu la proie des flots. Son cadavre n'a pas encore été retrouvé.

M. le maire de Luc termine en manifestant l'espoir de voir bientôt la médaille des sauveteurs orner la poitrine du jeune mousse. Nous ne saurions que nous associer aux voeux de notre honorable correspondant.

De tels actes sont trop rares dans un âge si tendre, pour ne pas attirer sur leur auteur de hautes bienveillances.

 

Juin 1867   -   Une rectification.   -   Une double inexactitude, que nous nous empressons de rectifier, s'est glissée vendredi dernier dans notre compte-rendu du sauvetage de Luc.

Le cadavre de la victime, qui se nomme Jean-François Paul Lemarchand (et non Paulo, comme nous le disions), a pu être presque immédiatement retiré de l'eau.

Nous apprenons que M. le maire de Luc, a adressé à M. le Préfet du Calvados un rapport circonstancié sur la belle conduite du jeune Salent, et que ce rapport a été immédiatement transmis au vice-amiral commandant la division maritime.

 

Août 1867   -   Le bureau télégraphique.   -    Grâce à l'initiative de M. Grard-Delaville, maire, un bureau télégraphique est ouvert à Luc-sur-Mer. Le public y sera admis à présenter ses dépêches tous les jours, de 9 heures du matin à midi, et de 2 heures à 7 heures du soir, les dimanches et jours fériés, de 8 heures et demie à 9 heures et demie du matin et de 5 heures à 6 heures du soir.

 

Mai 1868   -   Le climat.   -   L'élévation de la température qui n'a cessé de régner pendant la majeure partie du mois qui se termine, est un événement assez rare dans nos climats, où la chaleur n'atteint son maximum que vers le mois de juillet.

Voici à cette occasion la nomenclature des plus fortes chaleurs observées depuis un siècle et demi :

En 1702, le thermomètre monta à 39 degrés centigrades au dessus de zéro.

En 1753 et 1793, à 38 degrés.

En 1825, à 37 degrés.

En 1800 et en 1830, à 36 degrés.

La moyenne de la chaleur des étés et de 30 degrés. Cette moyenne à presque été atteinte dans la dernière quinzaine de mai 1868.

Juin 1868   -   Le service télégraphique.   -   Lundi dernier le service télégraphique de Luc-sur-Mer a été ouvert.

En ce moment, on construit dans cette commune un Casino, qui sera édifié sur la plage, à l'alignement des bains chauds. La salle principale aura onze mètres de long sur sept de largeur.

L'ouverture aura lieu du 10 au 15 juillet.  

 

Juillet 1868   -   Inauguration.    -   Mardi prochain, 21 juillet, à deux heures et demie aura lieu, dans la chapelle du Nouveau-Luc, l'inauguration d'un orgue.

Il y aura sermon par M. l'abbé Lepretre, aumônier de Beaulieu, et Salut solennel pendant lequel des solos seront chantés par M. Patriosi, baryton soliste de Saint-Pierre de Rome.  

 

Août 1868   -   Un rappel.   -   Nous croyons le moment opportun pour appeler que le 23 juillet, la Cour impériale d'Aix a décidé que le fait de se baigner sans vêtement constitue non pas seulement une contravention de police, mais bel et bien un outrage public à la pudeur prévue par l'art. 330 du Code pénal et puni, sauf l'admission de circonstances atténuantes, d'un emprisonnement de trois mois à deux ans et d'une amende de 16 à 200 fr.  

 

Août 1868   -   Décision du Conseil général.   -   La session du Conseil général, commencée le lundi 24 août, a été terminée lundi dernier, à trois heures.

Parmi des décisions prises par le Conseil, nous devons une mention toute particulière à l'approbation qu'il a donné, samedi, à la construction des chemins de fer départementaux :

  Chemin de fer de Caen à Courseulles, passant par Cambes, Mathieu, Douvres, Luc, Langrune, Saint-Aubin, Bernières.

  D'Orbec à Lisieux, sur une longueur de 16 kilomètres.

  De Falaise à Pont-d'Ouilly, à un point de raccordement sur la ligne de Caen à Flers.  

 

Septembre 1868   -   Un incendie.   -   Un incendie qui pouvait avoir des suites plus graves, s'est déclaré jeudi la nuit à Luc, sur le bord de la mer, dans l'écurie du sieur Baudouin, maître d'hôtel.

Heureusement qu'un marchand de fagots, qui avait ses deux chevaux dans l'écurie s'en est aperçu. Vite il a coupé les longes de ses chevaux, et les a fait sortir de l'écurie qui s'écroulait un instant après.  

Septembre 1868   -   Une belle fête.   -   Dimanche matin, à l'occasion de la fête de Luc-sur-Mer, il a été distribué environ 220 kilog. de pain aux pauvres de la commune.

Le soir au bal, qui avait réuni une société d'élite, une quête au profit des indigents a été faite par Mme Lapierre, accompagnée de M. Guerard-Delaville, maire de Luc.  

 

Octobre 1868   -   Découverte d'un cadavre.    -   Mercredi, vers huit heures du matin, le sieur Langrais, cantonnier à Démouville, a trouvé sur la route qui traverse la commune de Banneville, le cadavre du nommé Honoré Quesnel, âgé de 50 ans, cultivateur à Luc-sur-Mer.

La mort de cet homme est attribuée à une asphyxie déterminée par l'ivresse.

 

Mars 1869   -  Un ouragan.   -  L'ouragan du 2 mars a occasionné des dégâts assez importants sur divers points de notre département.

A Luc, le clocheton de la chapelle du Nouveau-Luc a été renversé dans la matinée par une violente rafale. En tombant, l'une des pierres de ce clocheton après avoir défoncé la toiture, le plafond et brisé la balustrade, a pénétré dans la chapelle, où elle a creusé dans le pavé un trou d'une profondeur de 20 centimètres environ. Il n'y avait personne dans la chapelle en ce moment. Les autres pierres sont tombées ça et là sur le mur d'enceinte du monument et en ont démoli une vingtaine de mètres. La couverture en ardoises et les enduits en plâtre ont éprouvé des détériorations importantes. L'orgue a également souffert. On évalue la perte totale a près de 3000 francs.

A Lion, la mer, poussée par le vent, à défoncé le mur de soutènement situé en face du Casino. Dans la direction de Luc, elle a submergé une certaine quantité de terrains, et amené des éboulements de la dune.

A Langrune, la mer a également envahi le jardin de M. de Franquenet sur une longueur de plus de 20 mètres.

Aux environs de Bayeux et de Pont-l'Evêque, bon nombre des pommiers ont été arrachés par le vent.

A Bayeux même, l'ouragan a renversé la partie supérieure de pinacle sur le côté méridional du portail de la cathédrale.

A Trouville, la mer était tellement grosse qu'elle a submergé les quais à l'heure de la marée, et que ses larmes ont déferlé jusque par-dessus le pont qui traverse la Touques.

Près de Honfleur, la tempête a fait éprouver quelques dégâts aux propriétés longeant la mer, mais sans pertes considérable.

A Cabourg, la tempête s'est élevée avec une telle impétuosité, que la mer a remporté la digne des bains de Cabourg, passé par-dessus la route et envahi des maisons qui se trouvent à la descente de Caumont, au pied de la falaise, le long du chemin du Mauvais-Pas.

La mer a également fait sentir ses ravages à Houlgate, où elle a démoli la digue de Mlle Dupont de l'Eure.  

 

Mars 1869   -   La tempête du 20 mars.   -    Samedi dernier, on a relevé sur le rivage de Port-en-Bessin que la mer venait d'y porter, un cadavre d'homme.

Il a été trouvé à Luc une planche de poulaine en chêne, peinte en noir et portant en lettres fouillées au ciseau le nom de « Tobina ».

Depuis dimanche, on a recueilli sur la plage entre Langrune et Ouistreham, une assez grande quantité de madriers et de planches en bois blanc, marqués SS. G. d'un bout et X R de l'autre. Parmi ces épaves, on a trouvé un bout-dehors de foc mesurant 7 mètres 40 de long. Toutes ces épaves semble être à la mer depuis peu de temps. Ont fait naturellement sur leur provenances des tristes conjonctures.  

 

Mai 1869   -  Un bateau à la côte.   -   Le brick français « Anne et Marie », capitaine Even, qui se trouvait à la côte à Luc depuis les dernières tempêtes, en a été retiré et conduit à Ouistreham par le remorqueur "Commerce" se rendant à Caen, pour suivre ses réparations.  

 

Mai 1869   -  Un bateau à la côte.   -   Le brick français « Anne et Marie », capitaine Even, qui se trouvait à la côte à Luc depuis les dernières tempêtes, en a été retiré et conduit à Ouistreham par le remorqueur "Commerce" se rendant à Caen, pour suivre ses réparations.  

 

Août 1869   -   Fait divers.   -   Samedi dernier, à Luc-sur-Mer, un cheval attelé à la voiture d'un marchand de moules, est tombé mort en gravissant la montée qui réunit la plage et les dunes.

Les baigneurs se sont empressés de faire entre eux une collecte, dont le montant a atteint le chiffre de 70 à 80 francs.

 

Septembre 1869   -   Fait divers.   -   Nous avons dit dans notre dernier numéro qu'un cadavre avait été trouvé entre Luc et Langrune. Le corps a été reconnu pour être celui du nommé Jean-Baptiste Bénouville, âgé de 70 ans, cultivateur et maçon, demeurant à Douvres, il avait au cou une pierre de 5 kilogs attachée avec une corde. On attribue ce suicide à une querelle survenue entre ce malheureux et sa femme.  

 

Octobre 1869   -   Fait divers.   -   Une certaine appréhension paraissant exister au sujet de la grande marée attendue sur les côtes de la Manche dans les premiers jours du mois prochain, le lieutenant-gouverneur de Jersey a consulté à ce sujet le « département météorologique » de Londres qui a répondu que la plus haute marée aura lieu le 6-7 octobre, d'après les calculs des tables des marées de l'Amirauté, et qu'il y a toute raison de croire qu'elle excédera seulement de quelques pouces la hauteur des marées ordinaires d'équinoxe.  

 

Octobre 1869   -   Le chemin de fer de Caen à Courseulles.   -   On s'occupe activement des formalités à remplir pour commencer le chemin de fer de Caen à Courseulles. Les entrepreneurs traitent à l'amiable avec les propriétaires des terrains nécessaires à la construction de la voie, et, en cas de contestation, le jury va être tout prochainement appelé à statuer.

S'il ne surgit aucune difficulté sérieuse, si l'hiver ne vient pas par sa rigueur, interrompre, les travaux, tout porte à croire que la partie comprise entre Caen et Luc-sur-Mer sera terminée et livrée à la circulation pour le mois de juillet prochain.

Beaucoup de personnes se demandent quel sera le prix des places ? Si les entrepreneurs s'en tiennent aux conditions stipulées dans le Cahier des charges, le prix du voyage devra être, en 3e classe, à peu près le même que par les voitures publiques.

 

Mars 1870   -   La tempête.   -   Le mauvais temps de la semaine dernière a porté ses fruits. La côte de Courseulles à Ouistreham se couvre de débris et d'épaves. Dimanche dernier, on apercevait entre Saint-Aubin et Langrune, à peu de distance du rivage, une portion considérable d'un grand navire, dont la nationalité n'a pu être reconnue, les pêcheurs rentrant au port ont rencontré en mer des planches, des madriers, dont l'abord n'était pas sans danger, des balles de coton et de tabac qui indiquaient un naufrage dans nos parages. Un bateau de Courseulles employé à la pêche des huîtres a ramené dans sa drague une botte neuve, dans laquelle se trouvait la jambe du propriétaire, paraissant récemment détachée du tronc. Aucun cadavre n'a été signalé.  

Juin 1870   -  Fait divers.   -   l e 16 juin, vers 2 heures du soir, un incendie dont la cause est inconnue, a détruit trois corps de bâtiments ainsi que divers instruments aratoires, situés à Luc-sur-Mer, appartenant aux nommés Charles et Achille Letellier et Constant Flambard, propriétaires. Perte : 3.750 fr.  

 

Juillet 1870   -  Fait divers.   -   Des manifestations patriotiques ont eu lieu sur notre littoral. A Lion-sur-Mer, la Marseillaise et le Chant du Départ ont été chantés. A Luc-sur-Mer, on a brûlé et bombardé en effigie M. de Bismark, aux applaudissements des personnes accourues pour assister à ce réjouissant spectacle.  

 

Septembre 1870   -  Les espions.   -   Des espions prussiens sont signalés sur notre littoral. A Langrune, une visite domiciliaire a été faite pour arrêter des marchands colporteurs dont les allures étaient suspectes.  Lundi, entre Luc et Lion, trois individus  étrangers ont été arrêtés et dirigés sur Caen.  

 

Mai 1871   -  Fait divers.   -   Un respectable cultivateur de Luc-sur-Mer a pour épouse une dame qui possède à peu près tous les vices, y compris celui d'aimer tendrement la dire bouteille.

Pour cette raison et pour bien d'autres dont l'énumération serait trop longue, les deux époux se sont séparés de fait, en attendant qu'ils le soient de droit.

L’un de ces jours, il prit fantaisie à Madame X... de faire une promenade à cheval, et sans cérémonie s'en fut aux champs, prendre celui de son mari absent, sur lequel elle monta, aidée de son écuyer Tristapatte.

C'est ainsi que notre vieille amazone, jambe de ci, jambe de là, sans selle ni bride, tenant la longe hors-main, fit son entrée dans Luc, et cela, juste au moment où un charlatan débitait son boniment à la foule, qui s'empressa de l'abandonner pour aller jouir du tableau que lui offrait Madame X... par les allures cavalières.

L'écuyer Tristapatte avait beau inviter sa maîtresse à changer de position et à cacher ses genoux aux regards indiscrets. Remontrances et conseils inutiles.

  -  « Qui qu'ça fait, répliquait la légère amazone, j'ai t'y pas un gilet de flanelle... Avec cha et des cheveux, no s'moque des curieux !

 

Juin 1871   -  Fait divers.   -   Le bureau télégraphique de Luc sur-Mer vient d'être ouvert pour la saison de 1871.  

Janvier 1872   -  Fait divers.   -   Depuis longtemps on n'avait vu, sur nos côtes, le poisson aussi rare, par suite du mauvais temps continuel que nous avons éprouvé pendant près de six semaines. Cet état de choses rend, on le comprend, la vie difficile dans les localités riveraines de la mer.  

 

Février 1872   -  Fait divers.   -  La Normandie a eu dimanche soir le spectacle d'une aurore boréale, ou pour dire plus exactement, d'une aurore polaire. A six heures, après avoir passé par leurs phases ordinaires de mobilité et d’éclat divers, deux colonnes éblouissantes, sillonnées de traits de feu jaune et pourpre, se sont réunies au zénith, pour y former une couronne, dont l’aspect a semblé donner raison à ceux qui soutiennent cette opinion, que ce météore est dû à la matière magnétique qui s’enflamme comme de la limaille de fer.

On eut dit qu'un obus gigantesque venait d’éclater à des espaces incommensurables, allait couvrir la terre de ses débris.

Puis les pluies du météore, obéissant au mouvement de rotation de l'atmosphère qui les entraînait prirent des nuances plus sombres, et finirent par disparaître, pour ne plus laisser dans le nord qu'un immense rideau de pourpre, qu'à minuit et demi, avait entièrement disparu.

Comme de juste, ce phénomène météorologue a donné lieu aux commentaires les  plus étranges, car une croyance populaire veut que le retour de ce, phénomène soit

l’annonce d'un événement important.

   -   C’est signe de mort, disaient les uns.

-   C'est signe de sang, c'est signe de revanche, disaient les autres.

A l'avenir de prononcer.  

 

Mai 1872   -  Fait divers.   -  La récolte du blé sera abondante cette année et le pain bon marché. Qui dit cela ? La caille, d'après le dicton ancien : « Autant de fois chante la caille, autant de pistoles vaut le sac de blé. » Or, cette année, la caille fait entendre son chant criard quatre fois consécutives : signe d'abondance et le blé à 40 fr. le sac. L'année dernière, elle le répétait six et sept fois ; présage de cherté. En effet, le blé n'a-t-il pas, en ces derniers jours, monté à plus de 60 fr.

Juin 1872   -  Recensement.   -  D'après les documents relatifs au recensement recueillis jusqu a ce jour, on, estime et que la population du Calvados a diminué de 25.000 habitants, depuis le recensement de 1866.

 

Juin 1872   -  Fait divers.   -  D'après les documents relatifs au recensement recueillis jusqu a ce jour, on, estime et que la population du Calvados a diminué de 25.000 habitants, depuis le recensement de 1866.

 

Juin 1872   -  Fait divers.   -  Les bureaux télégraphiques de Cabourg et de Luc-sur-Mer viennent d'être réouverts pour la saison de 1872.

 

Juillet 1872   -  A votre bon cœur.   -  On se rappelle que le village de Bazeilles a été complètement incendié par les Prussiens dans les journées des 1, 2 et 3 septembre 1870. Sur les 2.200 habitants de Bazeilles, 89 ont été fusillés, noyés ou brûlés, et plus de 200 ont succombé aux mauvais traitements qu'ils avaient reçus. 450 habitations ont été incendiées. De l'église, du presbytère, de la maison commune, des écoles et de la salle d'asile, il ne reste plus rien.

M. Misset, curé de Bazeilles, autorisé par l'archevêque de Reims, fait appel à la charité publique pour pouvoir reconstruire l'église et l‘école. Nous engageons tous ceux de nos lecteurs qu'une si grande infortune a touchés, à adresser leurs offrandes à Bazeilles, soit à M, le maire soit à M. l'abbé Misset.  

 

Juillet 1872   -  Chasse et récolte.   -  L’ouverture de la chasse aura lieu, dans notre département, vers les premiers jours de septembre, car la rentrée des récoltes ne pourra être terminée que tardivement cette année, en raison des nombreux blés couchés par les orages.

 

Août 1872   -  Loi sur les boissons.   -  Tout détenteur d'appareils propres à la distillation d'eaux-de-vie ou d'esprits est ténu d'en faire, au bureau de la régie, une déclaration énonçant le nombre et la capacité de ses appareils.

 

Août 1872   -  La fin du monde.   -  On sait que la fin du monde avait été prévue pour le 5 de ce mois, elle n'a pas eu lieu, parce qu'elle a été, paraît-il, remise au 12 août, selon les uns, et selon les autres, au 15 août, fête de l'ex-empereur.

 

Août 1872   -  Naufrage.   -  Nous recevons de Luc la lettre ci-après : Monsieur le Directeur, nous vous demandons la permission de vous signaler le fait suivant : Dans la nuit du 19 au 20 courant, à Luc-sur-Mer, un de ces petits bâtiments qui effectuent le transport des fourrages entre le Havre et les côtes de Normandie, à touché les rochers situés à environ deux milles du rivage. Immédiatement une voie d'eau s’est déclarée. La violence du vent n'a pas tardé à enlever un mât et peu après le gouvernail, les matelots, au nombre de quatre, qui montaient le bâtiment, étaient complètement dépourvus de vivres, et devaient, sans relâche, se livrer à la manœuvre des pompes. Leurs signaux de détresse étaient aperçus du littoral, et personne n'osait s'aventurer pour leur porter secours.

A dix heures du soir, alors que la mer déferlant avec violence rendait presque impossible un embarquement, cinq personnes, dont on est heureux de livrer les noms à la publicité, les matelots Hue, Tétart, Lemarchand, Tombette et le jeune Edouard Levatois, âgé de 16 ans, employé chez un marchand de vins, se jetèrent résolument dans un canot, aux applaudissements des baigneurs et de la population de Luc réunis sur la plage, et en proie à une vive émotion. Ils purent, au risque de mille dangers et après d'énergiques efforts, arriver jusqu'au bâtiment en détresse et contribuer à le maintenir à la mer, en remplaçant les matelots qui commençaient à succombé à la fatigue, et en travaillant jusqu'au lendemain à l'épuisement de l’eau, qui continuait à faire irruption de tous côtés.

Aujourd'hui, 20 août, à midi, un vapeur appelé sur le lieu du sinistre remorquait jusqu'au port les malheureux qui avaient échappé au naufrage. On ne peut trop admirer le courage et l'abnégation dont ont fait preuve les cinq braves dont nous avons cité les noms, et qui bien que mariés pour la plupart, et chargés de famille, n'ont pas hésité, pour sauver leurs semblables, à faire le sacrifice de leur vie. L'autorité ne saurait trop encourager, par une récompense, de pareils dévouements.

 

Novembre 1872   -  Église de Luc.  -  La bénédiction et la pose de la première pierre de la nouvelle église de Luc-sur-Mer aura lieu mardi 12 novembre.  

 

Mars 1873   -   Tirage au sort.   -  On procède en ce moment au Tirage au sort. Malgré l’établissement du, service militaire obligatoire, ce tirage à été maintenu. Il a, du reste, une certaine importance, les jeunes gens qui tireront les numéros les plus élevés ne feront qu'une année de service, où même six mois, s'ils passent avec succès, au corps leurs examens. Les jeunes gens qui tireront les numéros les plus bas, 1, 2, 3, etc……, jusqu'à un chiffre que le ministre à la guerre fixera suivant le nombre de soldats dont il aura besoin chaque année, feront cinq ans de service.

Mai 1873   -  Les Événements.   -   Samedi soir, M. THIERS a donné sa démission, de Président de la République française. Il a été remplacé par le maréchal DE MAC-MAHON, duc DE MAGENTA. Le maréchal-Président est âgé de 65 ans.

 

Juillet 1873   -   Accident de voiture.   Un assez grave accident est arrivé jeudi, à Luc-sur-Mer. Au moment où la voiture publique de l'entreprise Louard venant de Caen, franchissait un ruisseau devant l'hôtel du Petit-Enfer, la roue sur laquelle portait en ce moment tout le poids et tout l'effort, s'est brisée.

La voiture a versé et cinq personnes ont été blessées. Un jeune homme, qui était sur le haut de la voiture, est tombé sur la tête et est resté sans connaissance pendant un temps assez long. Le conducteur a eu l'épaule démise.

Un autre accident s'est produit dans la même journée, sur la même route. Un voyageur qui s'était endormi sur la banquette placée près du cocher, est tombé sur le sol d'une hauteur de 3 mètres environ. Relevé immédiatement, il a déclaré, après quelques instants de repos, être en état de continuer sa route. On espère qu'il en sera quitte pour quelques contusions sans gravité.

 

Août 1873   -   Sauvetage.   -   Vendredi dernier, à Luc, une jeune femme entraînée par la mer et sur le point de se noyer, a été sauvée par un de nos compatriotes, M. Gibert Albus, qui s'est jeté à la nage tout habillé.

 

Août 1873   -   Une oie qui n’est pas un canard.   -  On a pris la semaine dernière, à Luc, dit le Moniteur du Calvados, une monstrueuse oie de mer pesant 150 kilos. Cet animal, remarquable par sa tête qui ressemble à celle du marsouin, a été expédié sur Caen.

 

Septembre 1873   -   Pêche miraculeuse.   -   Lundi, à Luc, on a péché un chien de mer mesurant 2 m. 85 de long. Il a été envoyé au conservateur du musée d'histoire naturelle de Caen. 

Décembre 1873   -   Visites du premier janvier.   -  C’est le moment, ou jamais, de s’occuper des cartes qu’il est dans l’usage d’échanger à l’occasion du premier de l’an. C’est seulement à l’époque du 1er  janvier qu’on peut envoyer des cartes par la poste, c’est-à-dire sous enveloppe. Les cartes envoyées sous enveloppe doivent être affranchies à 5 cent, pour le rayon du bureau de distribution, en dehors du bureau de distribution, l’affranchissement est de 10 cent. Les cartes ne doivent porter que le nom, la profession et l’adresse. On peut en mettre deux sous la même enveloppe.  Une dame ne peut envoyer sa carte à un homme non marié, une demoiselle, quel que soit son âge, n’envoie jamais de carte.

 

Janvier 1874   -   Chemin de fer de Luc.   -  Voici l’emplacement des gares et haltes adoptées. Une gare commune avec le chemin de fer de Caen à Aunay, à Caen, dans les jardins des Champs-Saint-Michel, à 288 mètres de la place Saint-Martin, avec laquelle cette gare sera réunie par une avenue droite de 15 mètres de largeur dont la pente n’excédera, pas 0 m. 042 millim. par mètre. — Stations pour voyageurs et marchandises, à Mathieu, Douvres et Luc, Langrune. - Halles pour voyageurs, à Cambes, à la Délivrande, proche de la chapelle.  

 

Mars 1874   -   Incendie.  -   Un incendie dont la cause est inconnue, a éclaté à Luc-sur-Mer et a consumé un corps de bâtiment à usage d'habitation, d'écurie et d'étable, avec la paille et les harnais qu'il contenait, appartenant aux sieurs Constant Buhour, Prudence Buhour et Laurent Hiler, cultivateurs.  

 

Mai 1874   -   Naufrage sur notre littoral.  -  Nous extrayons les passages suivants d'une lettre adressée par M. Daligault au Moniteur. 

Mercredi, la chaloupe « Georges-et Joséphine », de Luc, montée par le patron Aimé Hue, son fils et son neveu, se trouvait sur le raz de Saint-Aubin pour la pêche du bar. Le vent soufflait violemment du nord, la mer était très grosse. Le père et le neveu tenaient les lignes, le fils était au gouvernail. Tout à coup, une énorme lame, prenant le bateau par le travers, s'abat dessus, et l'engloutit avec son équipage.  Le plus jeune des trois marins, le neveu du patron âgé de 17 ans, disparaît pour toujours dans l'abîme. Aimé Hue et son fils, âgé de 20 ans, remontent à la surface, le père cramponné à une épave, le fils se tenant à une voile. Un second coup de mer fait lâcher prise à ce dernier et l'enlève. Aussitôt son père lui pousse une rame, mais le pauvre enfant ne peut la saisir et disparaît à son tour... C'est en ce moment terrible que les cris de détresse poussés par l'infortuné patron qui se sentait couler furent entendus par les frères Alméris et Charles Roussel, de Saint-Aubin, qui péchaient le bar dans les mêmes parages, à bord du picoteux le « Jeune-Alexmdre ». Aussitôt, ils dirigent leur bateau vers l'endroit d'où partait cet appel au secours, et, au milieu de nombreuses épaves, ils aperçoivent au-dessus de l'eau la tête du naufragé. A cet instant, la mer était furieuse, l'ouragan faisait rage, le picoteux menaçait à chaque minute de sombrer.  Nos deux intrépide marins, au péril de leur vie, amènent leurs voiles et manœuvrent pour accoster. Tandis qu'Alméris tient d'une main ferme et habile le gouvernail. Son frère, Charles, plus vigoureux, saisit le malheureux Hue par les épaules et essaie de l'enlever, mais, ô fatalité ! les pieds du naufragé étaient pris dans les cordages, et il ne put tout d'abord y parvenir. Ce n'est qu'après des efforts inouïs qu'il finit par le dégager et le hisser dans son bateau. 

Un seul mot des deux intrépides matelots qui, au péril de leur vie, ont sauvé l'un des leurs d'une mort certaine, L'aîné des Roussel est âgé de 50 ans, il a les jambes en croix et ne peut marcher qu'avec difficulté. Son frère, Charles est âgé de 44 ans, et il est atteint d'une amaurose presque complète. 

Nous savons trop avec quelle bienveillance  l'administration préfectorale accueille tout ce qui touche aux actes et de dévouement, pour ne pas être certains qu'elle fera tous ses efforts afin de faire obtenir aux frères Roussel une récompense digne de leur courage.

 

Juillet 1874   -   Le réchauffement climatique.   -  La comète n'est pas étrangère aux grandes chaleurs que nous subissons. En 1811, une comète fut visible, et les chaleurs et la sécheresse furent telles qu'un grand nombre de rivière tarirent, en 1846, nouvelle comète, nouvelle sécheresse, l'eau devint tellement rare dans certains endroits que des bestiaux périrent de soif. En 1811 comme en 1846, le vin fut abondant et d'une qualité supérieure, on espère qu'il en sera de même en 1874, aussi les cours des vins sont-ils en baisse de 10 fr. par hectolitre. A Marseille, le thermomètre a marqué, à l'ombre, 40 degrés, à Paris, au soleil, 44 degrés. De nombreux cas d'insolation sont signalés.

 

Juillet 1874   -   La comète.   -  Selon les prévisions des astronomes, la comète découverte par M. Coggia, de Marseille, le 17 avril dernier, n'aura tout son éclat que vers le 15 juillet, mais actuellement, grâce à la pureté momentanée de l'atmosphère, elle brille merveilleusement chaque soir, au-dessous de l'étoile polaire, comme une étoile de troisième grandeur. Sa traînée est très apparente à l’œil nu.

 

Juillet 1874   -   Faite divers.  -  Pour enlèvement de sable sans autorisation, ont été condamnés, à 50 fr. d'amende chacun, les prévenus ci-après : 1° Jéhanne, domestique, faisant défaut ; 2° Auguste-Ferdinand Villeroy, 20 ans, domestique ; 3° Gauthier, journalier, demeurant tous les trois à Luc-sur-Mer ; 4° Adolphe-Eugène Lecouturier, 17 ans, né à Bellengreville ; 5° François-Joseph Lecouturier, 22 ans, né au Fresne-Camilly ; 6° les frères François-Valentin Marie, 38 ans, et 7° Prudent-Alexandre, 25 ans, tous les quatre domestiques ou journaliers à Courseulles-sur-Mer.  

 

Juillet 1874   -   La canicule.  -  Le 24 juillet, a commencé la canicule, qui finira le 26 du mois prochain. Beaucoup de personnes croient que ce temps correspond aux plus fortes chaleurs de l’année. Nous en avons la preuve contraire cette année.

 

Août 1874   -   Accident mortel.  -  Le 24 juillet, vers 8 heures du soir, le sieur Jean-Baptiste Mériel, âgé de 51 ans, cultivateur à Luc-sur-Mer est tombé de sa voiture, au lieu dit le Nouveau-Monde, route de Caen à la Délivrande, et s'est brisé le crâne.  Conduit dans sa famille par deux individus, l'infortuné a expiré presque aussitôt, Il résulte de l'information prise, que cette mort est accidentelle et doit être attribuée à l'imprudence.  

 

Août 1874   -   Bohémiens et vagabonds.   -   Une bande de bohémiens s'est abattue sur les communes de Luc, Langrune et Saint-Aubin. Le jour, ces nomades exploitent les baigneurs en jouant de la vielle et de l'orgue, ou en vendant du papier à lettre et des enveloppes, la nuit, ils vont à la maraude. C'est la municipalité de Langrune qui leur a accordé l'hospitalité. Les habitants lui en sont-ils reconnaissants ? Nous en doutons.

 

Août 1874   -   Bains et baigneurs.   -  Avec le 31 août, un grand nombre de baigneurs se sont envolés. Les maisons du littoral se louent très difficilement pour le mois de septembre. A des écriteaux de location, on ne voit qu'affiches de propriétés à vendre, de Lion à Courseulles, les murs en sont tapissés. La propriété Larivière, située à Luc, qui a coûté près de 400 000 fr. de construction à son propriétaire, est, dit-on, à vendre.  

 

Octobre 1874   -   Éclipse.   -  Le 10, il y aura une éclipse partielle de soleil, visible dans le Calvados.

 

Octobre 1874   -   Télégraphie.   -  Les bureaux de Cabourg Lion et Luc-sur-Mer, ont été fermés le 1er octobre. Les bureaux de la Délivrande et de Beuvron-en-Auge ont été réouverts. 

 

Décembre 1874   -   Orages et tempêtes.  -  Nous sommes en pleine période d'orages. La neige, peu abondante, a fait son apparition dans notre région.

— Sur notre littoral, de grands dégâts, à Luc et à Villerville, digues et pieux enlevés.

— A Lisieux, de grosses pierres sont tombées de la tour sud de l'église St-Pierre, et ont été réduites en poussière par leur chute sur le granit du parvis. A Ouilly, à 3 kilomètres de Lisieux, un arbre plus que centenaire a été déraciné et s'est abattu en travers de l’ancienne route de Pont-l'Evêque qu'il a par conséquent interceptée et dans laquelle il s'est creusé un profond sillon.  

 

Janvier 1875   -   Incendie au Vieux-Luc.  -  Dimanche dernier, vers trois heures du soir au plus fort de l'ouragan qui sévissait alors sur la contrée, un terrible incendie s'est déclaré au Vieux-Luc, à l'entrée de la rue de la Fontaine. La rue de la Fontaine, qui est fort longue et représente à elle seule plus de la moitié du village habité, est la première que l'on rencontre sur la main gauche, en quittant l'église et se dirigeant vers la mer.

Dix-sept maisons, malgré l'activité des secours, sont devenues en quelques heures à peine, la proie des flammes qui trouvaient dans la violence du vent et dans les toitures en chaume un double et funeste aliment. A 7 heures du soir, le feu était enfin circonscrit, mais toute la nuit encore les flammes se sont élevées fort haut au-dessus de ce vaste foyer.

Dans tous les villages voisins, on avait dès le premier moment battu la générale, et les gendarmes de Douvres, ainsi que les pompiers de Luc, Langrune, Lion, la Délivrande et Saint-Aubin s'étaient rendus sur le lieu du sinistre avec un empressement que nous ne saurions, trop louer. C'est grâce à ce précieux concours que de plus grands malheurs ont pu être évités. Ce louable exemple n'a pas cependant été suivi par tout le monde, s'il faut en croire un correspondant du pays, qui reproche à certain habitants de Luc de s'être renfermés chez eux et d'avoir été jusqu'à refuser de prêter leurs seaux. Il en signale même sept qui, pendant que le fléau poursuivait son oeuvre, prenaient tranquillement le café dans un cabaret voisin. Heureusement pour l'honneur de nos contrées, de tels faits sont rares. On comprend mieux son devoir en Normandie.

On ne sait encore rien de précis sur les causes du sinistre. Les uns l'attribuent à la foudre, les autres à une chaufferette laissée pleine de feu dans une grange, d'autres enfin, à l'imprudence de jeunes gens ayant fumé prés d'un paillet, dans lequel le feu aurait couvé vingt-quatre heures avant de se déclarer. Cette dernière version nous paraît la moins vraisemblable. Ce qui est malheureusement mieux connu et plus certain, c'est le nombre de ménages dépouillés par ce sinistre. Vingt se trouvent réduits au plus grand dénuement, la violence du vent ayant rendu tout sauvetage de mobilier quasi impossible. Les pertes sont évaluées à 60 000 fr. environ.

Parmi les incendiés, deux seulement étaient assurés. Comprend-on l'imprévoyance des dix-huit autres, ils ont fait là une belle économie. Aucun accident n'est heureusement à déplorer. On a parlé un moment d'un enfant qui serait devenu la proie des flammes, la vérité est qu'une malheureuse jeune femme sur le point  d'accoucher ayant dû être enlevée de sa maison menacée par le feu, il en est résulté l'entrée dans ce monde d'un nouveau-né quelques heures plus tôt qu'on ne l'attendait. C'est donc tout l'opposé du bruit qui courait en ville, c'est un habitant de plus à Luc au lieu d'un de moins. Parmi les victimes de ce désastre, on nous signale une pauvre veuve dont le mari a été écrasé voilà quelques mois à peine, et qui vient de voir réduire en cendres le petit fonds d'épiceries et de liquides à l'aide duquel elle faisait vivre sa famille.  Que d'autres détails navrants n'y aurait-il pas à ajouter à celui-là, et que de misères eussent été épargnées sans la fatale routine qui fait considérer à nos paysans l'assurance contre l'incendie comme une précaution superflue. Parmi les travailleurs les plus zélés, on nous signale les Pères missionnaires de la Délivrande qui, jusqu'à la dernière heure, n'ont marchandé ni leur présence, ni leur peine.

 

Janvier 1875   -   Éclipses.  -  Si, en 1875, il n'y a pas d'éclipse de lune, le soleil, en revanche, sera éclipsé deux fois : le 6 avril et le 29 septembre. La deuxième seule sera visible, en partie, à Paris.  

 

Mars 1875   -   Le printemps.  -  Si cela continue, le printemps sera inauguré par la gelée ou la neige. En Angleterre, des vents violents ont causé beaucoup de malheurs. Des maisons en construction ont été renversées et des ouvriers ont péri.

 

Mars 1875   -   Condamnation.  -  Pour avoir enlevé du sable et des pierres hors les limites prescrites : Alfred-Joseph Hodierne, 37 ans, de la Délivrande ; Victor-Prosper, 24 ans, et Alfred-Exupère Hodierne, 17 ans, de Langrune ; Jean-Pierre François, de Luc, et Jean-Baptiste Lissot, 48 ans, de Langrune, chacun 25 francs d'amende.  

 

Mars 1875   -   Condamnation.  -  Pierre-Etienne-Marcellin Flambard, 52 ans, de Luc, qui subit en ce moment une peine de 40 jours de prison, pour avoir enlevé des moules, a été condamné à 20 jours pour avoir enlevé des cailloux à la mer sans autorisation.  

 

Mai 1875   -   Chemin de fer de Caen à la Mer.  -  M. Mauger est venu à Caen la semaine dernière, il a visité les travaux et a donné des ordres pour qu'ils soient poussés avec la plus grande activité. Malheureusement, le temps perdu ne se rattrape jamais, et quelques efforts qu'on fasse, le chemin de Caen à Luc ne pourra pas être livré ce mois-ci à la circulation. Nous espérons cependant que l'inauguration pourra avoir lieu le 20 juin.

Deux nouvelles locomotives, « La Délivrande et Courseulles », sont arrivées, les wagons pour voyageurs sont attendus, les wagons à marchandises sont en construction à Caen.

 

Mai 1875   -   Chemin de fer de Caen à la Mer.  -  La gare provisoire du chemin de fer de Caen à la mer est construite. Elle a été bâtie sur le modèle des water-closets qui ornent l'abreuvoir de la Poissonnerie. Nous croyons devoir porter ce fait à la connaissance du public, afin d'éviter de regrettables méprises. 

Les gares de Cambes, de Mathieu, La Délivrande et Luc sont copiées sur celles de Caen. Cette dernière peut contenir quinze ou seize personnes au plus, c'est une faible digue à opposer au flot de voyageurs qui ne manqueront pas de l'envahir. 

Quoi qu'il en soit, la ligne, que nous avons visitée, commence à prendre forme : le ballast est presque partout jeté, les poteaux télégraphiques sont plantés, on place les fils. Sur tout le parcours, la ligne n'est pas entièrement garnie de treillage. C'est une lacune regrettable, et nous aurons sans doute, comme dans le département de l'Orne, souvent des procès-verbaux à enregistrer, car il est bon que les riverains le sachent : procès est fait à tout propriétaire dont les bestiaux sont trouvés sur la voie. On parle d'un train de plaisir pour la semaine prochaine, c'est douteux.

 

Mai 1875   -   Saison des bains.  -  Notre littoral a été déjà visité par quelques baigneurs. Les locations ne se font que difficilement, car à Lion, à Luc, Langrune et Saint-Aubin, les propriétaires demandent des prix trop élevés. 

De l'autre côté de l'Orne, les locations se font plus facilement, les propriétaires craignant de rester sans louer, comme l'année dernière, préfèrent faire des concessions. A Trouville seulement, la semaine dernière, il a été fait pour près de 30 000 fr. de locations.  

 

Juin 1875   -   Chemin de fer.  -  Malgré les affirmations d'un de nos confrères, aucun train de plaisir ou autre ne pourra être organisé sur la ligne de Caen à Luc pendant le concours. Ainsi que nous l'avons annoncé, elle sera terminée dans la deuxième quinzaine de juin. 

Une fête d'inauguration aura lieu à Luc Jeudi, une machine a déraillé dans la plaine de Cambes, il n'y a pas eu d'accident.

 

Juin 1875   -   Chemin de fer de Caen à la Mer.  -  Le matériel roulant de la Compagnie est arrivé. Il comprend deux wagons de premières, quatre de secondes, plusieurs wagons mixtes, un grand nombre de voitures de troisièmes avec impériales. Il suffit pour transporter sept à huit cents personnes.

 

Juillet 1875   -   Nos plages.  -  Le mois de juillet a été très mauvais pour notre littoral, le mauvais temps a tenu éloignées des familles qui viennent, vers cette époque, s'établir sur nos côtes. 

Luc, grâce à son chemin de fer, continue à être très visité les jeudis et les dimanches. On espère beaucoup pour le mois août, si le temps s'y prête, cependant, tout n'est pas encore loué.

— Un nouveau service est établi sur le chemin de fer de Caen à Luc.

—Les dimanches, 10 trains supplémentaires seront organisés. L'un de nos confrères annonce, que la Compagnie de Luc serait dans l'intention d'installer un train partant de Caen à 7 h. du soir,

pour les personnes qui redoutent les additions pléthoriques des restaurateurs du littoral, retour à 11 h.  

 

Juillet 1875   -   Nos côtes.  -   Partout, les baigneurs arrivent lentement sur la plage, tout est bien loué, mais dans l'intérieur beaucoup de logements sont encore veufs de locataires.

Luc est toujours, grâce au chemin dé fer, visité par de nombreux promeneurs, qui trouvent extraordinaire qu'on laisse en plein jour, déposer sur la plage des ordures et des bouteilles brisées. C'est sale et dangereux, surtout pour les personnes qui se rendent au bain. La troupe Hugot continue à desservir avec succès Lion, Luc, Langrune et Saint-Aubin. Dans cette dernière localité doit avoir lieu, le 21 août, une soirée extraordinaire au profit des inondés.

Août 1875   -   Les bains de mer.  -  Lion, Luc, Langrune, Saint-Aubin d'autrefois, plages modestes, de famille et d'enfants, qu'êtes-vous devenues ?....

La mode, de son pied coquet, vous a envahies : les hommes ont jeté à la mer la veste de toile pour endosser la vareuse, les femmes changent trois fois de toilette par jour, et vont au bain avec des costumes faits sur mesure et garnis de fournitures en caoutchouc destinées à indiquer la place des absents.

Luc n'est plus Luc, le chemin de fer en a fait un champ de foire permanent sur lequel on en voit de toutes les couleurs et de toutes les formes, jugez-en :

Lundi, Mme M…...., l'une de nos plus grosses et plus rondes petites dames caennaises, que Galilée, s'il eut vécu, eût sûrement prise pour démontrer la rondeur de la terre, se jetait à la mer avec un costume de louage.

Par une étourderie peu pardonnable pour une femme de son poids et de son âge, Mme M……….., avait mis son costume devant derrière, et avait de plus très mal agrafé la jupe...

Et chaque fois que la baigneuse faisait un mouvement, elle laissait voir à la nombreuse galerie échelonnée sur la plage……..  Que le bon Dieu fait bien ce qu'il fait. Lorsqu'il ne le fait pas à regret....  

 

 Mars 1876   -  Tempêtes sur mer et naufrages.  -  Nous avons depuis quelques semaines, sur les côtes de la Manche, un temps abominable. Il vente presque continuellement en tempête.

La mer est affreuse. La navigation n'est pas plus praticable qu'en plein mois de décembre. Les pécheurs sont a l'ancre depuis douze jours.

  Un picoteux de Luc ayant cassé ses amarres, a été poussé vers Trouville, il est inscrit au port de Courseulles sous le n° 179.

  Une goélette ou bisquine se serait naufragée sur le ratier de Villerville. Le bateau est perdu, on dit que l'équipage aurait péri. Nous n'avons pu avoir de renseignements à cet égard.

  Dimanche, à la suite de la tempête, les communications avec l'Angleterre, la Belgique, Lille, le Havre, Rouen, Amiens, Arras, Beauvais , etc……., ont été momentanément interrompues.

  Des pêcheurs assurent avoir vu engloutir, par la mer démontée, le vapeur anglais « Thittle ». Ce navire, qui était attendu à Dieppe avec un chargement de charbon devait être monté par onze hommes d'équipage.

  Mardi, vers sept heures du matins le brick-goélette anglais « Juliette », capitaine Roberts, venant de Llanelly avec un chargement de 250 tonneaux de charbon à destination de Caen, est tombé sur les rochers situés vis-à-vis de Bernières, à trois milles environ du rivage. A 8 heures l'équipage, composé de sept hommes, embarquait dans le canot du bord et atteignait la côte de Langrune. A 9 h., après deux heures de mer démontée, la « Juliette »  était entre deux eaux,  ballottée par la houle qui était très forte, elle perdait ses mâts de perroquet et de flèche. On n'aperçoit actuellement que les bas mâts de ce navire. Les matelots sont arrivés à Caen par le chemin de fer de Luc.  

 

Juillet 1876   -  Chute dans un puits.  -  Un accident qui, fort heureusement, n'a pas eu de suites graves, s'est produit dimanche dernier, à 7 heures du soir, à la gare de Luc-sur-Mer. M. Auzard, coquetier, demeurant rue Buquet, à Caen, était assis sur la bord du puits de la gare, pris d'un étourdissement, il est tombé à la renverse dans le puits, profond de 30 pieds. Le sieur Briard, employé à la gare, n'hésita pas un seul instant à descendre dans la puits en se laissant glisser le long de la chaîne. Il put saisir Auzard et le remonter immédiatement. Le docteur Denis-Dumont, qui était à Luc, fut appelé immédiatement, il constata qu'Auzard avait à la tête une longue blessure, mais que son état n'inspirait aucune inquiétude, puis il félicita Briard du sang froid et du courage qu'il avait déployé dans cette circonstance. 

Nous ne pouvons que nous associer aux éloges de M. le chirurgien en chef de nos hospices, et à recommander Briard d'une manière toute spéciale à la sollicitude de MM. Mauger et Verel, concessionnaires de la Compagnie, et à l'attention de M. le Préfet.  

 

Juillet 1876   -  Dévouement.  -  Samedi, 22 juillet, la nommée Françoise Morice, servante chez M. Marie, propriétaire à Luc-sur-Mer, a été prise d'une syncope en prenant un bain à la lame. Elle avait déjà disparu et eût péri infailliblement si la demoiselle Sidonie Lebouteiller, femme de chambre chez un de nos confrères, M. Engerand, avocat et journaliste, ne s'était résolument jetée à la mer et n'avait été assez heureuse pour la saisir au moment où elle allait être entraînée par les vagues. Ramenée chez ses maîtres évanouie, Françoise a bientôt repris connaissance.  

 

Juin 1879   -  Le dénichage des oiseaux.  -  A cette époque de l'année, nous ne saurions trop engager MM. les instituteurs à rappeler aux enfants qu'il y a une loi qui interdit le dénichage des oiseaux. Ils éviteront ainsi à leurs élèves les pénalités qui pourraient les atteindre et rendront un véritable service à l'agriculture. 

 

Juillet 1879   -  Écoles primaires.  -  Les vacances des écoles primaires commenceront le 1er  août pour finir le 1er  septembre.

 

Août 1879   -  Sauvetage.  -  Lundi dernier, vers dix heures du matin, les baigneurs de Luc-sur-Mer ont été témoins d'un accident de même nature. Madame Mauger, habile nageuse, mais comptant un peu trop sur ses forces, s'était éloignée du rivage au moment où la mer, plus agitée que de coutume, battait son plein. Bientôt, perdant haleine et ne se sentant plus capable de résister au courant, assez violent, elle fit des signaux de détresse, qui, fort heureusement, furent aperçus par M. Lacollonge, capitaine au 36e  de ligne. Avec une bravoure digne d'éloges, il se précipita au secours de l'imprudente baigneuse et fut assez heureux pour la ramener au rivage, secondé par son collègue, M. le capitaine Leduc, qui était venu à son aide.

 

Juin 1877   -  Bains de mer.  -  Les plages du littoral font leur toilette, elles se préparent à dignement recevoir les étrangers qui viennent leur demander asile pendant la belle saison. Dans l'intérêt des voyageurs, la Compagnie du chemin de fer de l'Ouest a modifié son service. Les locations se font à des prix encore supérieurs à ceux de l'an dernier.

Le maréchal Canrobert a loué à Villerville ; M. le Préfet du Calvados doit louer, à Langrune, la propriété Hallais. A Trouville, Pasdeloup et son orchestre sont annoncés.

Partout on a construit : auprès du casino de St-Aubin, un hôtel avec bains chauds a été établi par M. Niard, l'ouverture est annoncée pour le 1er  juillet, à Saint-Aubin, sur la plage, M. Vermont a placé une tente café ; à Langrune, la masure qui se trouvait devant l'hôtel Delaunay a été démolie ; à Luc, on parle d'éclairer la grande rue de la mer avec des candélabres.

Alors qu'il était communal, le chemin qui conduit de la gare de Luc, à la propriété Larivière, était quasi praticable, aujourd'hui qu'il est classé départemental il n'est pas sans danger de s'y aventurer les jours de pluie. Ce n'était pas la peine assurément... d'en changer le classement (air connu).

Ouistreham, presque désert depuis l'installation du chemin de fer de la mer, reprend vie, grâce à la gondole le « Chevreuil » et au steamer « l'Utile » qui font, chaque dimanche, le trajet de Caen par le canal. Départs de Caen à 9 heures du matin, de Ouistreham à 6 heures 30 du soir. Parcours en 1 heure et demie. Prix : 1 fr. 50 aller et retour, et moitié place pour les enfants.

 

Août 1877   -  Sauvetage.  -  Jeudi, vers 9 heures du matin, Jules Le Marchand, marin à Luc. était occupé à baigner deux personnes entre Luc et Langrune, lorsqu'une jeune fille, accourant de son côté, réclama son secours pour sauver sa compagne que le courant entraînait et qui était sur  le point de disparaître. La mer était assez forte, et sans l'assistance de Le Marchand elle allait infailliblement périr. Il fut assez heureux pour arriver à temps et rapporta au rivage la jeune imprudente, qui avait perdu connaissance et la transporta dans la maison que sa famille occupe à Langrune pendant la saison des bains.  

 

Août 1877   -  Ouragan.  -  Avant de nous visiter, l'ouragan qui s'est abattu sur notre contrée samedi et dimanche, avait fait de grands ravages à Bordeaux et aux environs, partout la désolation est grande, ce ne sont qu'arbres fruitiers déracinés, haies enlevées, fruits détachés par millions, maisons démolies, étables mises à nu, bestiaux dispersés, bas-fonds inondés, embarcations chavirées, démolies et mises hors de service. Cinq jeunes gens montaient une embarcation qui a chaviré, leur matelot a disparu avec eux, deux petites filles ont également disparu. Des détails navrants nous arrivent d'Arcachon où plusieurs cadavres sont venus à la côte. Deux fils de famille ont péri.

Dans le Calvados, les dégâts paraissent se réduire à des arbres déracinés et a des toitures enlevées. Une croyance enracinée chez les marins, c'est que toute éclipse de lune est suivie d'ouragan, comme ceux de ces derniers jours. En 1870, le 23 juillet, une éclipse de lune a été suivie de trois journées terriblement venteuses pendant lesquelles une vingtaine de navires ont péri. C'est donc sur le compte de l'éclipse de jeudi que doivent être mis les derniers ouragans.

Septembre 1877   -  Fête.  -  L'administration municipale de Luc, impuissante à organiser des fêtes de bienfaisance, a laissé ce soin à l'enfance. Ces jours derniers, il y a eu retraite aux lanternes et feu d'artifice suivis d'une quête qui a produit une soixantaine de francs.  

 

Avril 1878   -  Un enfant écrasé.  -  Jeudi, vers les deux heures et demie du soir, dans la traverse de la commune de Luc-sur-Mer, le nommé Désiré Letellier, âgé de 7 ans et demi, demeurant chez ses parents, a eu la tête prise entre le mur et le moyeu d'un tombereau, attelé de quatre chevaux, appartenant au sieur Ferdinand Gibert, cultivateur à Mathieu, et conduit par le grand-valet de ce dernier, nommé Édouard Etienne. Le crâne a été fracturé et la mort de cet enfant a été instantanée. Il résulte de l'information et la visite des lieux que la mort de cet enfant est accidentelle et qu'il n'y a eu aucune imprudence de la part du conducteur.  

 

Avril 1878   -  Les drame de la mer.  -  La semaine dernière, un ouragan épouvantable s'est déchaîné sur les cotes et a fait chavirer un grand nombre de barques : le chiffre des victimes connu dépasse déjà 300.

 

Juin 1878   -  Le mauvais temps.  -  Malgré le mauvais temps, malgré les pluies diluviennes qui submergent les bas-fonds du Calvados, et notamment la vallée d'Auge, les cités balnéaires se peuplent. Trouville a ouvert ses portes, l'orchestre du Casino se fera entendre le 10 ; Luc aussi a inauguré le 1er juin l'hôtel de la Belle-Plage, transformé par M. Ernest Pagny. On traite déjà pour les locations, et les demandes d'appartements dans les hôtels sont relativement plus nombreuses que les années précédentes.

 

Juillet 1878   -  Excellente mesure.  -  Le Ministre  vient d'interdire dans les écoles communales les quêtes qui s'y font habituellement sous divers prétextes religieux ou autres. Pendant qu'il y était, le Ministre aurait bien fait d'interdire aussi les souscriptions ouvertes dans certaines écoles pour offrir soit à l'instituteur, soit au curé, un cadeau à l'occasion de leur fête ou anniversaire. 

 

Août 1878   -  Bains de mer.  -  Nos plages sont enfin bien garnies, elles paraissent satisfaites, sauf les grandes cités qui se plaignent de n'avoir pas trouvé à louer aux prix ordinaires. St-Aubin. Est plein, à l'hôtel Belle-Plage de Luc, on refuse du monde, à Lion, dans la journée de dimanche, on a loué douze maisons.

Dans l'un de nos derniers numéros, nous signalions aux administrateurs du littoral l'état de malpropreté dans lequel se trouvent les plages de la côte. Aujourd'hui, nous faisons savoir aux mêmes administrateurs, notamment à ceux de Luc, où un baigneur a été mordu, qu'on se plaint qu'un grand nombre de chiens errants parcourent les communes du littoral.

A St-Aubin-sur-Mer, si les baigneurs y abondent, on n'y marchande pas non plus les messes et encore moins les quêtes. Dimanche dernier, on a dit quatre messes et fait dix quêtes au moins au profit des pauvres, des besoins de l'église, du denier de St-Pierre, de St-Orteil, sans oublier le patron du bienheureux Jamet. Et afin que tous les fidèles soient obligés de passer devant les coupes présentées à la sortie de l'église, on ferme les portes latérales et on ne laisse ouverte que celle où se trouvent à l'affût, les quêteurs et quêteuses.  

 

Septembre 1878   -  Les drames de la Mer.  -  Un affreux malheur vient d'attrister encore une fois la station balnéaire de Luc-sur-Mer. Le sieur George Flambard, 25 ans, pécheur, voulut, malgré une mer houleuse, aller poser ses lignes. Il fut précipité à la mer, et on ne put le retrouver. Ce malheureux jeune homme laisse dans le besoin un père et une mère presque infirmes. Une souscription a été immédiatement ouverte parmi les baigneurs. Nous recevrons et transmettrons à qui de droit les souscriptions que nos lecteurs voudront bien nous adresser pour cette intéressante famille, qui, il y a quelques années, a déjà perdu un de ses membres dans une circonstance analogue.  

 

Décembre 1878   -  Suicide.  -  Le cadavre du sieur Rodolphe Daisay, 43 ans, cordonnier, a été trouvé sur la falaise de Luc-sur-Mer, lundi vers 10 heures du matin. Il résulte des constatations médico-légales que cette mort doit être attribuée à un suicide.

 

Décembre 1878   -  Neige et gelée.  -  La neige et la gelée qui ont fait leur apparition dans notre département retardent encore les nombreuses semailles en blé déjà retardées par les pluies. Sur certains points du département, il y a de vingt à trente centimètres de neige.  

Janvier 1879   -  La neige et les inondations.  -  Une partie de la France a été pendant plusieurs jours enfouie sous les neiges. Sur beaucoup de points, la circulation a été interrompue.

Dans le Calvados, la ligne de la mer a dû suspendre son service. La neige a atteint dans certains endroits plus de trois mètres de hauteur. Dans un grand nombre de localités, on se plaint que les cantonniers n'aient pas été, dès les premiers jours, envoyés sur les routes pour déblayer. Sur la route de Pont-l'Évêque à Bonnebosq, on nous signale des excavations produites par les eaux, ayant pour cause des puits creusés il y a longtemps pour extraire de la marne ou des moellons, à l'administration des ponts et chaussées de veiller.

Au dire des anciens, il faudrait remonter à cinquante ans pour trouver l'exemple d'une semblable avalanche de neige. Pendant l'hiver 1829-1830, on avait été obligé d'employer des soldats de la garnison de Caen pour tracer des voies sur les routes aboutissant à Caen, les neiges relevées sur les côtés du chemin formaient un talus de 4 à 5 mètres de hauteur. De distance en distance on avait réservé des espaces pour le croisement de deux voitures. C'est le mardi 7 janvier que la neige a commencé à tomber, il y a cent soixante-dix ans, jour pour jour (le 7 janvier 1709), entre 8 et 9 heures du soir, le vent qui était au midi et à la pluie, tourna subitement au nord et à la neige. Le froid fut tellement intense que le pain et l'eau gelaient auprès du feu, les prêtres à l'autel étaient obligés de faire mettre un réchaud plein de feu à côté du calice qui gelait encore, malgré cette précaution.

Le dégel qui s'est produit va amener des inondations, tous nos cours d'eau débordent. Sur les rives de la Loire, la consternation est grande, des villages entiers sont sous l'eau, à Nantes, plusieurs quartiers sont submergés. Les dégâts sont incalculables. L'évêque de Nantes fait un appel à la charité des fidèles en faveur des victimes des inondations. L'une des plus grandes inondations occasionnées en Normandie par les neiges est celle du 2 février 1508. Tous les cours d'eau débordèrent, la Seine s'éleva à trois pieds au-dessus des rives.

 

Janvier 1879   -  Le château de Luc.  -  Le 15 février prochain on vendra à Paris, sur la mise à prix de 150 000 fr., la propriété de feu M. Larivière, située à Luc, sur le bord de la mer.  

 

Avril 1879   -  Secours.  -  Le Gouvernement a bien voulu accorder des secours aux communes ci-après : Guéron, pour établissement d'une école mixte, 1 500 francs ; Bernesq, pour construction d'école, 1 300 francs ; la Ferrière-au-Doyen, pour construction d'une école mixte, 9 800 francs ; Montviette, travaux aux écoles, 1 600 francs. A la fabrique de l'église de Luc-sur-Mer, 260 francs ; à la fabrique de l'église d'Ammeville, 300 fr., pour achat d'objets mobiliers.  

 

Mai 1879   -  Fait divers.  -  Voici une petite histoire dont nous avons été témoin, mais qui a eu un dénouement moins tragique. C'était à Luc, il y a quelques années, au plus beau de la saison. M. X...., propriétaire à l’une des extrémités de la commune, surveillait ses filles en train de prendre leur bain. L'une d'elles fait un faux pas, M. X…... croit que la vie de sa fille est en danger, mais au lieu de courir à son secours, il va vers sa maison et crie à sa femme : « Félicie ! vi t'en vite, la p'tite s'nie !!! » Heureusement, il n'en fut rien, mais ce père qui court chercher sa femme pour sauver sa fille, au lieu de se porter au secours de l'enfant, n'en est pas moins un drôle de pistolet.  

 

Août 1879  -  Chemin n° 55 de Courseulles à Ouistreham (Longueur, 12 k. 152 m).  -  La chaussée, améliorée entre Luc et le Haut-Lion, est aujourd'hui partout dans un état assez satisfaisant.

Trottoirs et caniveaux pavés.  -  Les parties de trottoirs construites par les propriétaires dans les traverses de Langrune et du Petit-Enfer, à Luc, sont convenablement entretenues.

Accotements, fossés, etc.  -  En assez bon état. Des trottoirs non bordés existent entre Langrune et la gare de Luc.

Ouvrages d'art.  -  En bon état. La digue de Langrune, fortement battue par les lames qui l'ont déchaussée tout en emportant une partie du chemin lors des tempêtes du mois d'octobre dernier, a bien résisté aux coups de mer.

Plantations.  -  Les jeunes ormes plantés entre la gare et le carrefour du moulin de Luc viennent bien.

Travaux neufs et de restauration.  -  Les travaux de prolongement de la digue de Langrune et de réparation du chemin, en partie détruit par la mer à la suite de cette digue, sont poussés activement.

Projets.  -  Rectification de tracé sur Saint-Aubin.  -  Grosses réparations à la chaussée et gazonnement des talus entre Saint-Aubin et Langrune.

Élargissements à Langrune, Luc et Lion-sur-Mer.

Construction de trottoirs et de caniveaux pavés dans les traverses de Langrune, Luc et Lion-sur-Mer.

Construction d'un mur de soutènement le long de la mare du Point-du-Jour, à la sortie du village du Vieux-Luc.

Une subvention départementale de 1 095 fr., applicable aux travaux de construction d'une digue de défense contre la mer, à la limite du territoire des communes de Langrune et de Luc, est demandée sur l'exercice 1880.

 

Octobre 1879   -  Les fureurs de la mer.  -  La mer a déferlé avec rage la semaine dernière sur nos côtes. A Luc, la digue et les écuries de M. Pagny, propriétaire de l'hôtel Belle-Plage, ont  été fortement endommagées, on porte à 1 000 francs le chiffre des dégâts. 

Quant au chemin de Dives à Beuzeval, il a encore été emporté par la mer, qui se joue de tous les travaux provisoires et en général fort mal conçus que le service vicinal fait de temps en temps pour protéger cette voie si utile aux populations du littoral. On sait que le Conseil général, dans sa dernière session, s'est occupé de ce chemin. Il a décidé de laisser à la Commission départementale le soin de fournir à l'Administration les sommes nécessaires pour rétablir la viabilité quand elle serait compromise. Pour ce qui est des travaux définitifs à faire, on attend, pour s'en occuper, le tracé du chemin de fer de Dives a Trouville. Mais la mer, elle, n'attend pas, et le service vicinal a beau lui opposer des digues en terre glaise ou des murs en sapin, elle enlève le tout.  

 

Octobre 1879   -  A propos de brèche.  -  Nous recevons communication d'une délibération prise par le conseil général au sujet de la construction à Luc, au lieu dit la Brèche-de-Quihoc, d'une descente pour les voitures, protégée contre la mer par deux épis en maçonnerie. Le conseil municipal de Luc avait demandé ce travail, mais la grande majorité des communes qui devaient prendre part à la dépense s'y est opposée, et le conseil général, dans sa séance du 23 août, a estimé que les travaux. demandés par la commune de Luc n'étaient pas nécessaires, d'autres brèches existant, par lesquelles, les voilures peuvent descendre à la mer. C'est donc à tort que l'administration des chemins vicinaux a été critiqués à ce sujet par un de nos confrères. N'inquiétons pas la vicinalité à Luc, elle est déjà assez malheureuse à Beuzeval.  

 

Mars 1880  -  La grande marée.  -  A Luc, la grande marée de la semaine dernière s'est élevée très haut. La mer a même fait brèche dans une certaine partie de la dune.  

 

Août 1880  -  Les bains de mer.  -  Bernières et Courseulles héritent du trop plein de Saint-Aubin. Du côté d'Houlgate et à Lion, il y a aussi affluence. A Luc, les maîtres d'hôtel ne savent où donner de la tête, à la Belle-Plage, on a servi dimanche près de 400 repas. Baron y est attendu. La population, reconnaissante des retraites aux flambeaux que le grand comédien organisait chaque soir l'an dernier, se propose d'aller le chercher tambour en tête.

 

Août 1880  -  Les bains de mer.  -  Le soir, lorsque la mer est calme, on voit, à peu de distance de la grève, jouer de jeunes marsouins. Lundi, à mer basse un petit phoque a été pris par un baigneur, il est mort dans la nuit.

 

Août 1880  -  Une digue a reconstruire.  -   Les grandes marées de samedi et de dimanche ont causé des dégâts sur notre littoral. La station de Luc a beaucoup souffert. La digue placée en avant de l'établissement des bains a subi des dégradations telles que sa reconstruction est devenue nécessaire. Sur tout le littoral, nombre de cabines ont été renversées, plusieurs ont été brisées et emportées par la mer. C'était inévitable. Nous voudrions bien connaître l'ingénieur qui a eu l'idée de mettre un frein à la fureur des flots avec une digue sans mortier, que le crieur de l'endroit avait parié démolir en … contre.

 

Août 1880  -  Sauvetage.  -   Vendredi matin, à la marée montante, un baigneur prenant un bain à Luc, s'éloigna imprudemment du rivage et perdit pied. Il allait certainement couler à fond, lorsque M. Roslin, libraire à Paris, l'apercevant de sa demeure, se jeta courageusement à l'eau tout habillé pour lui porter secours. Cet acte de sauvetage est d'autant plus méritoire que M. Roslin sortait de table au moment où ils est entré dans l'eau. Quant au maître baigneur qu'on a réclamé à l'établissement de bains, on aurait, parait-il, répondu qu'il était couché.  

 

Août 1880  -  Une imprudence qui a failli coûter cher.  -  Mercredi matin, à la gare de Luc, une femme voulut descendre du train de la mer avant qu'il soit complètement arrêté. Elle tomba sous le marchepied et aurait été broyée sans le dévouement d'un employé de la gare dont nous regrettons d'ignorer le nom.  

15  -  Luc-sur-Mer  -  Extrémité Ouest vers Langrune

LUC-SUR-MER (Calvados)  -  Route de Langrune

LUC-sur-MER  -  Hôtel Belle Plage

29  -  LUC-sur-MER (Calvados)  -  Bateau de pêche à l'échouage

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